samedi, avril 25, 2009

En Italie, la guerre du kebab est déclarée

Les «restaurants ethniques» et produits de bouche importés sont attaqués sur plusieurs fronts. Un article d’Olivier Bot dans 24 Heures.

kebabEn Italie, la pizza berlusconienne se dit cernée par les kebabs. Cette semaine, le conflit culinaire s’est cristallisé à Milan, avec le vote, mardi, d’une loi lombarde encadrant strictement la «vente à emporter». Et avant-hier, avec un repas de protestation organisé par les opposants dev ant un Döner kebab turc. Sur le net, cette guerre picrocholine a vite rebondi. Le réseau Facebook comporte désormais des pages du «Couscous clan», qui défend la cuisine ethnique en Italie, et celles de la «Ligue antikebab». Au nationalisme de bouche répondent les appels à «la désobéissance gastronomique».

«Xénofoodiste»

Cette guerre des mets a été déclenchée au plus haut niveau de l’Etat. Par le chef lui-même, Silvio Berlusconi, qui a qualifié récemment le kebab de «menace intérieure». Son ministre de l’Agriculture, Luca Zaia (Ligue du Nord) suppliait déjà, au mois de décembre, ses compatriotes de «renoncer aux ananas» qu’ils apprécient à Noël, au prétexte que ce fruit est importé. Les élus de la cité médiévale de Lucca, près de Florence, ont eux voté par 23 voix contre 11, en février dernier, l’interdiction de toute ouverture de «restaurants ethniques» dans leur cœur historique, au motif qu’ils «trahissent l’héritage culinaire toscan».

Davide Boni, chef de la délégation lombarde de la Ligue, balaie le soupçon de racisme culinaire, déclarant que ces mesures visent à «mettre de l’ordre dans l’espace public» et «à garantir la sécurité alimentaire».

vendredi, avril 24, 2009

La moitié de la population ne la soutient pas


L'initiative contre les minarets ne devrait pas obtenir l'aval des Suisses, selon un sondage.


Les minarets ne plaisent pas à une partie des Suisses. (Photo: Keystone)

Quelque 49 % des personnes interrogées se sont prononcées contre une telle interdiction, tandis que 37 % se disent favorables et 14 % indécises.

Le refus s'observe dans toutes les tranches d'âges et transcende les sexes et les confessions. D'après l'institut de sondage Isopublic, les jeunes, les hommes, les riches, les citadins et les personnes sans confessions rejettent encore plus nettement l'initiative contrairement aux femmes et aux personnes à revenu modeste ou vivant à la campagne par exemple.

Le soutien au texte se trouve surtout dans les cercles proches de l'UDC. A l'opposé, les sympathisants du PS refusent clairement l'initiative, à l'instar des électeurs PDC et PLR.

Plus de 40 % des sondés ne veulent pas interdire la construction de minarets en Suisse pour des raisons de liberté religieuse. Environ 23 % estiment qu'il faut adopter une attitude de tolérance vis-à-vis de cette question et une personne sur huit considère l'initiative comme inutile, car elle n'apporte pas de solution.

Les partisans de l'initiative jugent quant à eux que les minarets ne passent pas dans le paysage helvétique ou que les pays islamiques ne tolèrent pas non plus la construction d'églises chrétiennes. La peur d'un islam trop influent ressort aussi des arguments.

Le sondage révèle également que 17, respectivement 18 % des sondés ne peuvent argumenter leur acceptation ou refus de l'initiative. Celui-ci a été mené auprès de 1000 personnes en Suisse romande et alémanique par l'institut Isopublic pour le compte du journal «reformiert». La votation sur l'initiative contre les minarets aura lieu au plus tôt en novembre. 

Communiqué de presse de la Commission fédérale contre le racisme


Berne, 24.04.2009 - Conférence mondiale contre le racisme: un succès malgré tout

La Commission fédérale contre le racisme CFR estime que, malgré la tentative d'instrumentalisation, la Conférence mondiale contre le racisme est un succès et souligne l'importance du document final qui a été adopté. Encouragés par cette réussite, tous les pays, y compris la Suisse, devraient maintenant s'efforcer de mettre en oeuvre le processus de Durban et d'élaborer des programmes d'action nationaux. En ce qui concerne la Suisse, il importe que les politiciens se mobilisent davantage pour lutter contre le racisme, faire cesser l'hostilité à l'encontre des minorités et favoriser la protection des migrants, des requérants d'asile et des réfugiés.La Commission fédérale contre le racisme CFR juge que la Conférence d'examen de Durban, qui s'est tenue à Genève du 20 au 24 avril, a été un succès, malgré le scandaleux discours prononcé par le président iranien, discours incendiaire qu'elle condamne énergiquement. Le document final de la conférence adopté par les participants est capital pour la suite du travail de lutte contre le racisme à l'échelle internationale et pour les obligations contractées par les Etats. Cette déclaration finale contient de nombreux points d'une importance majeure pour mieux protéger à l'avenir les victimes de racisme et combattre l'impunité du racisme. Le fait de n'avoir pas montré du doigt certains pays en particulier et d'avoir occulté pour l'occasion les violations des droits de l'Homme d'autres Etats est un exploit diplomatique en soi. Il faut saluer le fait que le texte condamne expressément les idéologies hostiles à certains groupes religieux - sans restreindre la liberté de s'exprimer sur les religions (par. 12-13, 54, 58, 68-69), qu'il contienne des mesures contre la traite des personnes (paragraphes 91 à 93), évoque la grande vulnérabilité des femmes et des enfants et la discrimination multiple (par. 85 à 89) et mentionne aussi pour la première fois la protection des travailleurs domestiques (par. 79).En amont de cette conférence, la CFR a publié son évaluation de la mise en oeuvre en Suisse du Programme et plan d'action de Durban I (www.ekr.admin.ch/aktuell). Elle estime que dans le document final qui vient d'être adopté, le paragraphe 53, qui traite de la nécessité de mobiliser la volonté politique des acteurs concernés, essentielle pour éliminer le racisme, de même que le paragraphe 68, qui exhorte à lutter contre la montée de l'hostilité dirigée contre des minorités ethniques revêt une importance particulière pour la Suisse. La Suisse devrait par ailleurs prêter une attention particulière au paragraphe 75, qui demande d'éradiquer le racisme à l'égard des immigrés, des requérants d'asile et des réfugiés en adoptant des programmes de formation continue à l'intention de toutes les autorités compétentes en la matière et en interdisant le profilage fondé sur des critères raciaux (par. 102).

jeudi, avril 23, 2009

Les assises de l’immigration face à un thème délicat demain à Bex

Les assises de l’immigration face à un thème délicat demain à Bex

INTÉGRATION - Experts, politiques et gens de terrain s’exprimeront en un lieu chargé émotionnellement depuis quelques années.

Bex a défrayé plus souvent qu’à son tour la chronique des faits divers violents, notamment liés aux tensions avec ses requérants d’asile. Ce n’est évidemment pas un hasard si la Chambre cantonale consultative des immigrés (CCCI) a choisi ce lieu pour y organiser, demain à la grande salle, les 7es Assises vaudoises de l’immigration, sur le thème délicat de la criminalité des étrangers. «La volonté est d’aller dans des régions du canton où, précisément, les questions peuvent se poser», explique Magaly Hanselmann, coordinatrice au Département de l’intérieur en matière d’intégration des étrangers et de prévention du racisme. «Il ne faut pas ranger tout le monde dans le même panier. On sous-estime beaucoup la population de Bex, qui fait preuve de pragmatisme. » Avec pour thème «criminalité et étrangers: entre réalité et stigmatisations», cette journée s’inscrit dans l’actualité, juste après la consultation sur le contre-projet indirect à l’initiative pour le renvoi des criminels étrangers.

Ne risque-t-elle pas d’être tendue? «L’idée de ces assises, c’est de mettre les gens ensemble, d’apporter des éléments de compréhension, de prendre de la distance par rapport à une thématique très émotionnelle».

Actions sur la durée

Des experts reconnus, criminologues, sociologues, journalistes, viendront donner leur éclairage et proposer des outils de réflexion, tandis qu’une table ronde réunira des hommes et des femmes politiques. «Le but est d’aborder la question avec une certaine diversification, sans s’inscrire dans un courant politique ou un autre, d’élargir le débat. »

Ces assises seront marquées par la remise, pour la première fois, du Prix du Milieu-du- Monde», sous la forme d’un chèque de 5000 francs attribué à une collectivité ou une personne privée, suisse ou étrangère, qui s’est illustrée dans l’intégration des étrangers et la prévention du racisme.

L’échange d’opinions, c’est bien, mais, au-delà de la prise de conscience, quelles réalisations concrètes peuvent-elles être mises en place? Magaly Hanselmann: «Nous n’allons pas présenter des actions ponctuelles, mais sur la durée. Il s’agit de projets qui vont se poursuivre jusqu’en 2011. Par exemple à Yverdon, sous la forme d’un forum organisé dans trois quartiers, dont celui de la gare, où plusieurs faits divers regrettables se sont produits. Le but de ces forums est de rechercher ensemble des solutions pour l’utilisation de lieux publics, où les gens se croisent sans jamais se parler. »

GEORGES-MARIE BÉCHERRAZ

La migration est-elle un crime ?

mercredi, avril 22, 2009

La police cantonale genevoise intègre le taser à son arsenal

Voir la vidéo du journal de 19:00 de la TSR

Voir également le commentaire de Jean Sanchez, chef adjoint de la police cantonale genevoise

Intégration

Avec ses 40 % d’étrangers, la ville de Moudon a su développer un bon système d’ intégration.

Voir la vidéo diffusée au journal de 19:00 de la TSR

40 000 Irakiens demandeurs d'asile


LE MONDE | 21.04.09 | 14h57  •  Mis à jour le 21.04.09 | 14h57

n 2008, pour la deuxième année consécutive, le nombre de nouveaux demandeurs d'asile dans les pays industrialisés a augmenté : selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), ils étaient quelque 383 000, soit une hausse de 12 % par rapport à 2007. L'année 2006 avait, elle, enregistré le plus faible nombre de demandes d'asile depuis vingt ans (307 000). Ce regain s'explique évidemment par les conflits ou troubles traversés par les pays concernés. Les demandes d'asile des Afghans ont ainsi explosé, avec une hausse de 85 % par rapport à 2007, de même que celles des personnes provenant du Zimbabwe (+ 82 %), de Somalie (+ 77 %) et du Nigéria (+ 71 %). Bien que le nombre de demandeurs d'asile en provenance d'Irak recule de 10 % par rapport à 2007, ce pays fournit encore, en 2008, le plus gros contingent de requérants, qui sont au nombre de 40 500.

Parallèlement, le nombre de pays d'accueil s'est élargi, "probablement à cause de l'introduction de politiques d'asile plus strictes dans les pays traditionnels", relève le HCR. Avec 49 000 nouvelles demandes, soit 13 % de l'ensemble des requêtes déposées dans les pays industrialisés, les Etats-Unis restent le premier pays de destination des requérants, suivis par le Canada (36 900), la France (35 200), l'Italie (31 200) et le Royaume-Uni (30 500).

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La police genevoise s'arme de Tasers pour ses interventions

LE COURRIER Mercredi 22 avril 2009

La police genevoise adopte le Taser mais promet d’être sage

La police du canton de Genève se met au Taser. Elle a récemment acheté trois de ces pistolets électriques pour un montant total de près de 6500 francs. Anticipant les critiques, la police a adopté des règles d’utilisation plutôt strictes. Seuls les membres du groupe d’intervention de la gendarmerie pourront employer cette arme, et uniquement dans certains cas précis. Du côté des ONG, on déplore un mauvais signal donné aux autres cantons romands. Genève est le premier d’entre eux à s’équiper de Tasers.

La police genevoise s'arme de Tasers pour ses interventions

Paru le Mercredi 22 Avril 2009 - PHILIPPE BACH    

SECURITÉ - Trois pistolets électriques ont été acquis par les forces de l'ordre. Leur usage est réservé aux cas extrêmes, en lieu et place d'une arme à feu.
 

La nouvelle a éclipsé les autres aspects de la conférence de presse annuelle de la police genevoise visant à faire le point sur les activités des forces de l'ordre et sur l'évolution en matière de sécurité, telle que l'ont établie les statisticiens du quai des Brômes[1].

Trois Tasers X-26 ont été acquis par la police genevoise pour le prix de 2150 francs l'unité. Il s'agit d'un armement réservé aux polices ou aux armées. Une arme dite de neutralisation momentanée tout de même assez éloignée de ce qui peut être acquis sur le marché libre de certains pays.

Seize gendarmes du groupe d'intervention ont été formés au maniement de ces engins. Ces derniers utilisent une technologie appelée EMD (pour Electro-Muscular Disruption ou Perturbation électro-musculaire). Deux fils reliés à des hameçons envoient un courant de 50000 volts durant cinq secondes dans le corps du sujet qu'il est prévu d'immobiliser. Résultat de ce choc, il est tétanisé et tombe à terre. «Ce n'est pas douloureux en soi, mais extrêmement oppressant», concède l'un des gendarmes du groupe d'intervention. Qui a été lui-même immobilisé à l'aide d'un Taser.

L'état-major de la police était présent au grand complet hier. Il a insisté sur le caractère exceptionnel des engagements de cette arme controversée. Même si, Benoît Kuchler, chef criminaliste, se veut rassurant. Selon lui, bien employé, le Taser n'est pas dangereux. Une abondante littérature scientifique ne met pas en évidence de problèmes cardiaques particuliers. Du moins en France.

Du bon emploi

Quid des morts évoqués notamment par des rapports d'Amnesty International? «Il faut savoir que l'emploi du Taser n'est pas approprié pour les cas psychiatriques avec des crises de démence», explique M. Kuchler. «Quel que soit le type de contraintes alors utilisé – et elles sont parfois indispensables –, cela peut mettre en danger la vie du malade.» Il évoque des décès imputés au seul enfermement d'une personne en crise. Bref, pour lui, les décès constatés aux Etats-Unis relèvent probablement d'un emploi inapproprié de cette arme.

Le Taser que la police genevoise entend utiliser est fort éloigné du recours banalisé pratiqué aux Etats-Unis. «Cela doit être une alternative à l'arme à feu», précise Daniel Oguey, commandant de la gendarmerie adjoint. Selon les chiffres de la police genevoise, l'an passé, dans une douzaine d'interventions, l'emploi du Taser aurait pu se justifier.

Selon la doctrine d'engagement, quatre types d'intervention sont évoqués: le cas de forcenés, de suicidaires, d'individus en crise de démence qui mettent en danger leur vie ou celle d'autrui et les mutineries en prison. En revanche, pas question d'utiliser un Taser dans le cadre d'expulsion de réfugiés déboutés.

Un cadre réglementaire relativement strict a été prévu: les engins sont munis de minicaméras, qui permettront de documenter les interventions. Enfin, l'utilisation d'un Taser sera conditionnée à l'autorisation de l'officier responsable d'une intervention. I

[1] De fait, les chiffres de la criminalité à Genève sont relativement stables. Les cambriolages augmentent de 20% – des effectifs viennent d’être déplacés pour faire face à cette recrudescence – mais le nombre de meurtres diminue, tout comme le nombre de morts sur les routes.

«Il y a un risque de banalisation»

MARIO TOGNI 

«C'est un mauvais signal.» Porte-parole d'Amnesty International Suisse, Manon Schick ne voit pas d'un bon oeil l'acquisition de trois pistolets électriques Taser par la police genevoise, la première à faire le pas en Suisse romande. Après avoir publié, fin 2008, un rapport faisant état de plus trois cents cas de décès liés – indirectement – à l'utilisation de ces armes aux Etats-Unis entre 2001 et 2008, l'organisation réclamait un moratoire sur l'achat et l'usage des pistolets à électrochocs en Suisse. «Au moins en attendant d'avoir davantage de garanties.»

Manon Schick nuance toutefois son propos: «Nous ne sommes pas contre le Taser en général, mais son utilisation nécessite une réglementation très stricte. A priori cela semble être le cas à Genève, c'est plutôt rassurant.» Seul le groupe d'intervention de la gendarmerie, après formation, sera habilité à y recourir. Et dans certains types d'intervention (lire ci-dessus). Selon l'ONG, le Taser ne devrait toutefois être employé qu'en dernier recours, au même titre que l'arme à feu de service. Or il y a un risque de banalisation, pointe sa porte-parole: «Il s'agit bien d'une arme potentiellement létale. Si le Taser devenait un simple moyen pour calmer des forcenés, ce serait très grave.»
 
Damien Scalia, président de la section genevoise de la Ligue suisse des droits de l'homme, abonde: «Le fait que cette arme soit perçue comme non mortelle risque d'élargir le spectre de son utilisation. On réfléchit plus longtemps avant de sortir une arme à feu qu'un pistolet électrique. Il y a des risques de dérapage.» Le militant s'interroge tout autant sur son utilité. «En milieu carcéral (une des utilisations potentielles, ndlr), par exemple, la police a toujours trouvé des moyens d'intervenir sans avoir à sortir ses armes. Je doute qu'il y ait une réelle nécessité.»

Par ailleurs, Damien Scalia rappelle que des instances internationales comme le Conseil de l'Europe considèrent les armes à électrochocs comme de potentiels «instruments de torture», dans la mesure où elles provoquent des souffrance aiguës. «Mais j'ose espérer que ça ne sera pas le cas de la part de la police genevoise», précise-t-il.
Manon Schick craint également un effet boule de neige en Suisse romande. «En ouvrant la voie, Genève risque d'encourager d'autres polices à recourir au Taser, alors que plusieurs cantons avaient décidé d'y renoncer.»

Mario Togni

Commentaire

Un mauvais signal

PHILIPPE BACH    

L'achat de Tasers par les forces de l'ordre genevoises n'est pas des plus opportuns. Oh, certes, un cadre réglementaire strict a été édicté. Mais on a mis le doigt dans l'engrenage et il y a toujours à craindre de la banalisation d'une telle arme.
 
Car, quelles que soient les belles promesses faites hier, on voit dans d'autres villes et dans d'autres pays, ces pistolets électriques faire partie de l'attirail de base des policiers. Avec les bavures qu'on connaît. D'où un moratoire sur la généralisation de ces engins exigé par Amnesty International.

C'est un bien mauvais signal que Genève envoie aux autres cantons romands. Et un fier service qu'il rend à l'entreprise Taser, qui pourra se targuer, dans sa propagande, d'avoir séduit la capitale des droits de l'homme.
 
Hier, on nous a présenté le pistolet électrique comme une alternative à l'arme à feu. Mais il sera toujours plus tentant d'utiliser une telle arme plutôt que de donner l'ordre d'abattre une personne représentant un danger. Paradoxalement, en étant – théoriquement – non létal, le Taser peut être utilisé plus fréquemment. Partant, son incorporation dans l'arsenal des forces de l'ordre peut accroître la violence de l'Etat, qui devrait pourtant rester l'exception.



Publié par 24 heures (http://www.24heures.ch)

La police genevoise adopte le Taser

SÉCURITÉ | Le pistolet à décharge électrique ne sera utilisé que dans des cas très particuliers, assure l’état-major.

FEDELE MENDICINO | 22.04.2009 | 00:03

«Le Taser nous permettra dès aujourd’hui d’éviter l’usage d’une arme à feu et l’emploi de la force physique», se réjouit Monica Bonfanti, cheffe de la police. Depuis hier, le groupe d’intervention de la gendarmerie dispose de trois Taser, un pistolet dit de «neutralisation momentanée». Fonctionnant à faible ampère (intensité de 50 000 volts), cette arme permet en effet de paralyser temporairement la personne visée. C’est la première fois en Suisse romande qu’une telle arme, très controversée, entre dans l’arsenal policier.

Les forces de l’ordre se sont voulues rassurantes, hier, lors de la présentation de leur rapport annuel: l’usage de cette arme sera des plus limité. Exemple? Maîtriser des forcenés sur la voie publique, un suicidaire, une personne démente et menaçante, ou des prisonniers dans le cadre d’une mutinerie. «Cela représente potentiellement au maximum une quinzaine d’interventions par an, estime Benoît Kuchler, chef criminaliste. Les 16 hommes du groupe d’intervention ont été spécifiquement formés par l’Institut suisse de police.»

«Le Taser ne sera pas utilisé pour les expulsions d’étrangers, a souligné le conseiller d’Etat Laurent Moutinot, responsable du Département des institutions. Je sais bien qu’Amnesty s’est opposé à l’introduction généralisée du Taser, mais nous en ferons une utilisation ciblée et réglementée.» Ainsi, un officier de police devra préalablement valider son usage et un rapport devra être adressé à la cheffe de la police après l’intervention, précise le service de presse. A noter que l’arme est équipée de fléchettes dispensant la décharge électrique et d’une minicaméra. Les images permettront de démontrer, si besoin, la légitimité de l’intervention.

Quant aux risques sur la santé, le policier calme le jeu en citant des tests indépendants du SAMU et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich: «Aucun effet physiologique postérieur à l’utilisation n’a pu être mis en évidence sur les sujets testés.» Un médecin sera toutefois présent lors de chaque intervention. «Il pourrait par exemple être amené à retirer les fléchettes si celles-ci avaient touché une partie sensible comme les yeux ou les parties génitales.»

Quoi qu’il en soit, la personne qui «goûtera» au courant du Taser doit s’attendre à être groggy durant plusieurs minutes. Période durant laquelle elle subira encore quelques contractions musculaires, des vertiges et des pertes de mémoire. «Cela pourrait avoir a priori un effet dissuasif sur les sujets visés, affirme Benoît Kuchler. On peut s’attendre à une baisse importante des lésions (de 70% à 90%) par rapport à l’usage d’armes traditionnelles et à l’usage de la force.»

Comme le confirme Monica Bonfanti, le Taser (2150 francs la pièce) a déjà été introduit en Suisse alémanique, comme à Berne, à Bâle et à Zurich. «La police genevoise en fera l’un des usages les plus restrictifs de Suisse. Une utilisation de cette arme telle qu’elle a été faite à l’aéroport de Vancouver est inimaginable.» Un immigré polonais y était décédé en octobre 2007 après avoir reçu deux décharges de Taser.

Appel au moratoire

La police genevoise donne un très mauvais signal, réplique Amnesty International. «Cela pourrait conduire plusieurs autres polices romandes à faire de même, regrette Manon Schick, porte-parole de l’organisation de défense des droits de l’homme. En décembre 2008, nous avions publié un rapport recensant 330 victimes du Taser aux Etats-Unis. Ces décès sont intervenus entre 2001 et 2008. Il s’agissait notamment de personnes qui souffraient déjà de problèmes cardiaques, de drogues ou de femmes enceintes. Contrairement à ce que prétend son fabricant, cette arme est létale.» Amnesty préconise donc un moratoire sur le Taser «en attendant des études indépendantes et exhaustives».

Vaud attend le futur commandant de la police

Jacqueline de Quattro, cheffe du Département vaudois de la sécurité et de l’environnement, est favorable à une utilisation, très cadrée, du Taser. Toutefois, elle ne prendra aucune décision précipitée. Elle tiendra compte des règles de prudence émises par la Conférence suisse des directeurs de justice et police. Surtout, elle attend la nomination du nouveau chef de la police, qui pourrait avoir lieu au cours du mois prochain.

Jacqueline de Quattro entend avoir son accord afin qu’il y ait une unité de doctrine entre les forces de police et le département. A ce moment-là seulement un règlement pourrait être soumis au Conseil d’Etat. Le porte-parole de la police cantonale Jean-Christophe Sauterel estime aussi que la balle est dans le camp des politiques. Selon lui, la police souhaite également des règles strictes: le Taser ne serait accessible qu’aux forces spéciales. Son usage ne pourrait avoir lieu sans l’aval du commandant de police ou, à défaut, de l’officier qui le remplace.

J. FD

mardi, avril 21, 2009

Etude sur la lutte contre les Roms en Suisse

Coup de filet sur les migrants à Calais

Coup de filet sur les migrants à Calais

300 policiers ont interpellés près de 150 migrants ce mardi matin, à deux jours de la visite du ministre de l'Immigration Eric

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«Raciste», la politique Suisse est dénoncée

«Raciste», la politique Suisse est dénoncée

Paru le Mardi 21 Avril 2009 dans le Courrier
   laurence bron    

GenèveMIGRATIONS - Ce soir à Genève, Charles Heller présente son film «Home Sweet Home». 
La Coordination genevoise contre l'exclusion et la xénophobie (StopEX) présente ce soir le nouveau film du jeune réalisateur genevois Charles Heller, Home Sweet Home, le régime migratoire helvétique. En 2007, son moyen métrage Crossroads at the edge of worlds retraçait les migrations irrégulières transitant par le Maroc ainsi que leur contrôle. Aujourd'hui, c'est la politique migratoire «discriminatoire et raciste» de la Suisse qu'il met en cause. Vaste dénonciation, traitée par les historiens Bouda Etemad et Marc Perrenoud, qui débute au XVIe siècle avec l'implication de la population helvétique dans la traite des Noirs, et qui se poursuit avec la position du Conseil fédéral, en 1864, favorable à l'esclavage, puis avec les villages de nègres exposés à Genève en 1896. «La traite des Noirs et l'esclavagisme sont les éléments fondateurs du racisme. Plus tard, la population juive a également été l'objet de discriminations sur notre territoire car on a refusé de considérer la persécution des Juifs en raison de leur race comme un motif d'asile», déclare le réalisateur Charles Heller. 
Pour lui, cette politique raciste et discriminatoire est malheureusement toujours bien présente dans la politique suisse. «Le racisme est à chaque fois institutionnalisé. Aujourd'hui, on n'est plus confrontés à un racisme biologique mais à un racisme culturel. Selon le rapport sur la conception et les priorités de la politique suisse des étrangers pour les années 1990, 'l'accès au marché du travail suisse est nié a ceux et celles qui n'appartiennent pas à un milieu culturel et présentent des conditions de vies proches des nôtres'. C'est une vision culturelle raciste du monde où l'on traite différemment les Européens et les non-Européens», ajoute-t-il. 
Le film laisse la parole aux migrants comme cet Africain, arrivé en Suisse et dont la loi lui interdit de travailler. Pour gagner de l'argent, il a décidé de vendre de la drogue. «En empêchant les requérants d'asile de travailler, on les incite à trouver des moyens de subsistance illégaux comme le trafic de la drogue. C'est totalement contradictoire de penser que l'on va combattre les dealers avec une politique migratoire restrictive», assure le réalisateur. Il avoue que le thème n'est pas simple mais lance le débat. Et propose des solutions comme celles de «démocratiser la politique migratoire» pour que les migrants puissent s'exprimer sur leur sort et de repenser leurs droits. LAURENCE BRON 
Note : Mardi 21 avril à 19h, à la Maison des associations, 15 rue des Savoises, à Genève, salle Mahatma Gandhi. Le film sera suivi d'un débat. Entrée libre.

Rama Yade, non à la politique de la chaise vide


Le boycott de Durban II profite aux mouvements racistes»

Le boycott de Durban II profite aux mouvements racistes»

Pour Doudou Diène, le discours sur le choc des civilisations «est une analyse erronée».
Pour Doudou Diène, le discours sur le choc des civilisations «est une analyse erronée». (swissinfo)

Le discours incendiaire du président iranien à Genève fait vaciller la conférence de l'ONU sur le racisme. Déjà boycottée par plusieurs pays occidentaux, la réunion est menacée d'échec. Le point de vue de Doudou Diène, ancien rapporteur de l'ONU sur le racisme.

Nommé rapporteur spécial sur le racisme au lendemain du sommet de Durban en septembre 2001, Doudou Diène a joué un rôle clé dans les préparatifs de sa conférence de suivi qui se tient cette semaine à Genève.

Cet intellectuel sénégalais a notamment proposé que la très problématique question de la diffamation des religions soit ramenée au niveau juridique des droits de l'homme sous l'angle de l'incitation à la haine. Une proposition qui a permis de surmonter l'une des principales pommes de discorde du projet de déclaration finale de la conférence de Genève


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Islamisme et islamophobie: où est le vrai danger?


Un groupe de femmes arrivant au congrès annuel de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), au Bourget en 2007. (Jean Ayissi / AFP)

Un groupe de femmes  arrivant au congrès annuel de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), au Bourget en 2007. (Jean Ayissi / AFP)

Dans un livre en forme de réquisitoire, «Islamophobie ou légitime défiance?» (Ed. Favre), la journaliste Mireille Vallette dénonce l’emprise de l’intégrisme musulman sur les sociétés occidentales. Mais est-ce le bon combat? Débat avec la féministe Patricia Roux

Le Temps: Mireille Vallette, 
l’intégrisme musulman, que vous dénoncez dans votre livre, constitue-t-il un tel danger pour la Suisse?

Mireille Vallette (M. V.): Je démontre d’abord, et ça a constitué le gros de mon travail, qu’il avance masqué. Les responsables religieux qu’on entend vanter un islam pacifiste et ouvert défendent en réalité, vis-à-vis de leurs coreligionnaires, des positions qui, notamment, rabaissent et discriminent les femmes. Ces positions menacent des valeurs fondamentales comme les droits humains ou la démocratie et sa liberté d’expression. Sur ce dernier point, nous avons déjà perdu beaucoup de terrain. Avant même le vote sur les minarets, les autorités fédérales s’excusent auprès de gouvernements qui ne tolèrent pas le prosélytisme d’autres religions que l’islam et répriment l’apostasie. On a peur de simplement représenter le prophète: quel caricaturiste oserait-il encore s’y lancer? Et ce n’est qu’un début. Il existe une forte pression des pays musulmans, notamment au sein du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, pour imposer à tous les Etats de réprimer la diffamation des religions. En Norvège, le gouvernement de centre gauche préparait en catimini une loi réprimant le blasphème qui a heureusement été balayée. C’est souvent la gauche qui montre le plus de complaisance envers l’intégrisme, au lieu de défendre les acquis démocratiques des sociétés occidentales et l’égalité entre femmes et hommes.

– Patricia Roux, vous êtes responsable des études genre à l’Université de Lausanne et vous refusez de considérer les discriminations exercées contre les femmes par l’islam fondamentaliste comme un problème spécifique. Vous abandonnez les musulmanes 
à leur sort?

Patricia Roux (P. R.): D’abord, je ne conteste pas l’existence de discriminations. La question qui se pose à moi est de savoir comment je peux, en tant que féministe, être solidaire de ces femmes sans tomber dans le piège du racisme. Si je ramène les violences sexistes, qui sont présentes à des degrés divers et sous des formes différentes dans toutes les sociétés patriarcales, à la seule culture musulmane, je justifie la discrimination envers les musulmans. De ce fait, je fragilise les femmes musulmanes, en faisant du sexisme un problème qui leur est propre, lié à l’islam. Et j’abandonne les autres femmes en laissant entendre que, pour elles, tout va bien. Or c’est faux: tout ne va pas bien pour les femmes en Suisse. Les tâches ménagères continuent de peser avant tout sur les femmes, qui continuent à gagner un salaire inférieur à celui des hommes et à subir des violences sexistes. Les violences contre les femmes s’inscrivent partout dans le même système de domination patriarcale.

M. V.: Ce n’est pas parce que les femmes suisses ne gagnent pas encore le même salaire que les hommes que nous devons accepter l’obligation de virginité, de non-mixité, la justification de la polygamie, les mariages forcés et les crimes d’honneur, tous phénomènes nouveaux en Europe et qui concernent à une écrasante majorité des populations musulmanes.

P. R.: Ces pratiques sont combattues à l’intérieur des collectivités concernées, et c’est en soutenant celles qui mènent ce combat que nous sommes dans le juste, pas en intervenant du haut de notre prétendue supériorité pour expliquer comment les choses devraient se passer. L’exemple des crimes d’honneur est une bonne illustration de la mécanique de stigmatisation qui intervient lorsqu’on pose un problème grave comme relevant d’une seule communauté: en mettant l’accent sur ces crimes, qui sont bien entendu horribles et inacceptables, on se résigne implicitement à taire la violence conjugale qui touche tous les milieux sociaux et les crimes passionnels «normaux» qui continuent à faire beaucoup plus de victimes.

– Votre position sur le foulard: jusqu’où faut-il le tolérer ou l’interdire? Et d’ailleurs, que représente-t-il?

M. V.: C’est le symbole de l’oppression des femmes dans le monde musulman. Pourquoi Dieu impose-t-il cette contrainte aux femmes et rien aux hommes? Je ne comprends pas pourquoi des femmes qui vivent dans une société qui leur garantit des droits qu’aucune société musulmane ne leur a jamais octroyés – la liberté de choisir leur mari, de quitter l’islam, de divorcer et de conserver la garde de leurs enfants – choisissent de l’arborer. Elles proclament ainsi leur adhésion à un système qui leur confère un statut inférieur. Elles sont instrumentalisées par le fondamentalisme. Personnellement, je suis acquise à la loi française sur le foulard.

P. R.: Cette loi est discriminatoire pour les femmes musulmanes, qui sont vues comme forcément victimes, soumises ou influencées, incapables de décider pour elles-mêmes. Or elles nous racontent tout autre chose: pour elles, le foulard peut être une manière d’affirmer leur droit à exister dans une société qui se montre de plus en plus hostile à l’égard de leur communauté. Ou un moyen de négocier, avec cette communauté, un espace de liberté qu’elles jugent plus importante que celle de montrer leurs cheveux: la possibilité de faire des études, de prendre la parole, de mettre leur statut en débat.

M. V.: Il est grave que des femmes se sentent obligées de supporter de telles contraintes pour accéder aux libertés garanties à toutes. Et le foulard procède de l’idée détestable que les femmes sont responsables du désir des hommes, qu’il faut les cacher pour que les hommes puissent maîtriser leurs pulsions.

P. R.: On parle beaucoup de l’obligation de se couvrir par le foulard, mais beaucoup moins de l’obligation de se découvrir pour répondre, justement, au désir masculin: la mode toujours plus déshabillée, les publicités aux allusions pornographiques à peine voilées, l’utilisation systématique du corps féminin pour vendre toute une série d’objets qui n’ont rien à voir avec les femmes… Tout ça procède exactement du même mécanisme: le marquage des femmes, leur renvoi à une identité unique de corps hypersexualisés.

M. V.: Il y a une dérive vers une société hypersexualisée que je regrette. Mais ça n’a rien à voir.

– Mireille Vallette, dans votre livre, 
on ne distingue pas toujours très bien ce que vous reprochez au fondamentalisme et ce que vous attribuez 
à l’islam lui-même.

M. V.: C’est une vraie question. Les responsables religieux affirment toujours que leurs textes combattent la violence et prônent la tolérance entre religions et représentent une avancée de la condition féminine. Mais que découvre-t-on lorsqu’on veut vérifier? Des propos discriminatoires envers les autres religions et l’affirmation de la subordination des femmes. Et ces textes ne sont pas sujets à interprétation: le Coran est la parole de Dieu.

P. R.: Je ne suis pas spécialiste de cette question mais je constate que ces textes connaissent des applications très diverses. Et ce que nous disent les femmes musulmanes qui luttent pour leurs droits à l’intérieur de leur communauté, c’est que l’évolution actuelle vers une application plus rigoureuse des textes et un repli sur des traditions parfois moyenâgeuses n’est pas une caractéristique culturelle intemporelle. Elle a une histoire. Aujourd’hui, la tendance à verrouiller la sphère privée – donc la famille et le statut des femmes – est d’autant plus forte que les communautés concernées se sentent discriminées dans la sphère publique.

M. V.: En Suisse, les musulmans ne sont pas discriminés, ce sont eux-mêmes qui le disent dans une enquête réalisée à Zurich. La Suisse accueille très bien les immigrés: nous avons de bonnes écoles, de multiples associations vouées à l’aide à l’intégration, la mobilité sociale fonctionne. Si ces communautés se replient, ce n’est pas parce qu’elles sont discriminées, c’est parce qu’elles sont travaillées par ces intégristes qui leur enseignent le rejet de l’Occident et de ses valeurs.

P. R.: L’intégrisme doit plus aux rapports de domination au sein du monde post-colonial qu’à l’islam. Et le rejet de l’Occident participe d’une mécanique de diabolisation réciproque à laquelle la stigmatisation des communautés musulmanes en Europe contribue très efficacement. C’est donc en luttant contre cette stigmatisation qu’on lutte le plus efficacement contre l’intégrisme, contre tous les intégrismes: le fondamentalisme chrétien qui a amené l’administration Bush à couper les fonds aux ONG de planning familial qui admettent l’interruption de grossesse a favorisé, lui, aussi, des atteintes graves aux droits des femmes…

M. V.: Selon moi, c’est l’inverse: le rejet des musulmans par une partie de la population est précisément dû à ce courant intégriste qui présente une image détestable de sa religion et alimente aussi les courants d’extrême droite.

P. R.: Limiter la critique du fondamentalisme, ou de l’intégrisme à l’islam, c’est faire preuve d’un biais raciste. A l’occasion du débat français sur le foulard, nous avons interrogé un échantillon de 157 personnes se situant plutôt à gauche. Celles qui se disaient le plus favorables à l’interdiction du voile étaient aussi celles qui montraient la plus grande adhésion à des clichés racistes concernant non seulement les musulmans mais aussi d’autres immigrés, comme par exemple les sans-papiers qui en Suisse sont rarement musulmans. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi par miracle les milieux les plus opposés à la promotion féminine, comme l’UDC, en font soudain une bannière quand il s’agit de critiquer l’islam?

M. V.: Je dois reconnaître à l’UDC le mérite d’être le seul parti qui ait dénoncé de vrais problèmes liés à cet islam intégriste. Cela dit, que mes thèses plaisent à des xénophobes primaires, c’est sûr et je n’en suis pas ravie. Je préférerais que la gauche ouvre les yeux et que ce soit elle qui me soutienne.

– Quel sera votre vote sur l’initiative anti-minarets?

M. V.: Je voterai non si un vrai débat s’instaure, qui n’oppose pas le classique duel: UDC – la raciste, la xénophobe – contre tous les autres – les respectueux, les tolérants. Si un débat plus ouvert, qui traite notamment des problèmes que pose l’intégrisme à notre société, n’a pas lieu, eh bien je voterai blanc.

P. R.: Je n’ai pas le droit de vote, bien que je sois en Suisse depuis l’âge de 7 ans (un exemple parmi d’autres qui montre bien que l’exigence d’intégration attendue des étrangers s’accommode très bien d’une limitation de leurs droits…). Mais si j’avais ce droit, je voterais contre l’initiative: l’interdiction des minarets est un prétexte pour nous faire croire au péril musulman censé menacer, entre autres, l’égalité des sexes. Voter pour l’interdiction, c’est donc se bercer d’illusions sur l’avancée de cette égalité en Suisse, et c’est en même temps légitimer formellement la discrimination des musulmans (hommes et femmes).


Rejeté de Grande-Bretagne, abattu au Darfour


L’assassinat d’un réfugié darfouri renvoyé par les Britanniques relance le débat sur les demandeurs d’asile et la situation dramatique des opposants soudanais.

Adam Osman Mohammed, 32 ans, a été abattu chez lui devant sa femme et son fils de 4 ans quelques jours après son arrivée dans son village, dans le sud du Darfour. Des agents l’avaient pris en filature depuis Khartoum. Cette affaire devrait être utilisée par les défenseurs du droit d’asile qui s’opposent au souhait du ministère de l’Intérieur britannique de faire lever l’interdiction de renvoyer au Soudan les personnes dont la demande d’asile a été rejetée. Les avocats du gouvernement s’apprêtent en effet à plaider en faveur du renvoi de quelque 3 000 personnes à Khartoum. 

Les partisans du droit d’asile rappellent qu’Adam Osman Mohammed, un Darfouri non arabe, était venu en Grande-Bretagne pour échap per aux persécutions au Soudan. Le village où il était agriculteur avait été attaqué deux fois par les janjawids, les milices arabes, et il avait dû s’enfuir avec sa famille. Séparé de sa femme lors de la deuxième attaque sur le village, il avait fui au Tchad avant de gagner la Grande-Bretagne, en 2005. 

Lire la suite de cet article dans le Courrier International

«L’intégration, ça doit être réciproque»

Arrivé en Suisse dans les années 70, Marcel Kolongo a été confronté au racisme. Aujourd’hui, il est conseiller communal à Saint-Gall. Il se souvient.

Lire l’interview de Marcel Kalongo sur 20minutes.ch

lundi, avril 20, 2009

Prisonniers» sur la mer

«Prisonniers» sur la mer

Paru le Lundi 20 Avril 2009 dans le Courrier
   ERIC JOZSEF, ROME    

InternationalCLANDESTINS - Face au refus italien de l'accueillir, l'odyssée du Pinar, cargo turc avec 140 clandestins, aura duré quatre jours. 
Avec ses 140 clandestins à bord, l'odyssée du Pinar aura duré quatre interminables jours. Alors qu'elles refusaient obstinément de laisser ce cargo turc accoster dans un port sicilien, les autorités italiennes ont finalement accepté, hier soir, d'accueillir les immigrés qui avaient été récupérés jeudi dernier par le navire marchand battant pavillon panaméen alors qu'ils étaient sur deux embarcations à la dérive. La détérioration des conditions sanitaires sur le pont a eu raison in extremis du bras de fer qui opposait Rome au Gouvernement maltais à propos de ce nouveau drame de l'immigration en Méditerranée. «Nous n'avons plus assez d'eau fraîche. Les personnes ont besoin d'une assistance médicale immédiate», avait lancé par radio un marin quelques heures avant l'autorisation de pénétrer dans les eaux territoriales pour se diriger vers les côtes siciliennes. 


Débarquement prévu

Le débarquement des clandestins devait avoir lieu hier soir dans le port de Porto Empedocle, près d'Agrigente après l'évacuation au préalable, dans la petite île de Lampedusa, d'une femme enceinte et de plusieurs passagers présentant des symptômes de maladie. 
Depuis jeudi, le Pinar tirait une chaloupe dans laquelle avait été déposé le cadavre d'une jeune femme nigériane. Asik Tuygun, le commandant du cargo turc battant pavillon panaméen craignait que le corps en putréfaction ne contamine l'ensemble des passagers. Le cadavre est en proie au vent, à la mer et s'est transformé en nourriture pour les mouettes», soulignait hier la presse transalpine. Les survivants étaient affamés, ayant vraisemblablement pris la mer depuis la Libye il y a dix jours. 
Jusqu'à hier soir, le gouvernement de Silvio Berlusconi était resté intraitable, bloquant le Pinar à la limite des eaux territoriales italiennes au sud de la petite île de Lampedusa. Rome refusait de laisser pénétrer le cargo, estimant qu'il revenait à Malte le soin de prendre en charge les étrangers. Selon les autorités italiennes, les 140 immigrés – dont 37 femmes – secourus jeudi à 80 km de Lampedusa, l'ont été dans une zone de compétence et d'intervention maltaise. «Le cadavre s'est transformé en nourriture pour les mouettes» Elles ont par conséquent estimé que La Valette devait ouvrir ses portes aux immigrés. «Le comportement de Malte n'est pas correct et il est condamnable», a fustigé le ministre (Ligue du Nord) de l'Intérieur Roberto Maroni ajoutant: «On ne peut continuer à subir une situation ambiguë et à supporter des tâches qui appartiennent à d'autres pays lesquels reçoivent des financements européens pour ces activités de secours». 
L'Italie a alors demandé une intervention de l'UE. Mais Malte s'est défendue en appelant également Bruxelles à la rescousse, arguant que le port le plus proche était celui de Lampedusa... 


Risque de naufrage

En attendant, le commandant du Pinar s'indignait: «Les immigrés sont fatigués et désespérés. Ils ont affronté le désert, les violences en Libye (d'où ils sont partis) et ils ont risqué de couler. Nous les avons sauvés sur requête maltaise et italienne. Est-ce qu'on veut tous nous faire mourir?» Durant le week end, l'opposition de centre gauche est montée au créneau. «Cette situation est indigne d'un pays civilisé», a tonné le communiste Paolo Ferrero. L'urgence humanitaire l'a finalement emporté. 
Auparavant, le HCR avait fait remarquer que «le ping-pong entre les Etats va décourager le sauvetage en mer de la part des navires marchands et des chalutiers». «Au bout du compte, ce sont les compagnies de navigation et les migrants qui vont en payer les conséquences», s'est inquiétée Laura Boldrini. 


Différend italo-maltais

Le différend italo-maltais est survenu alors que les disparitions d'immigrés clandestins en Méditerranée se multiplient. Fin mars, le naufrage de plusieurs embarcations a causé la mort d'environ trois cents personnes. Le Gouvernement italien qui a remporté les élections l'an passé en promettant de fermer le robinet de l'immigration clandestine est sous pression: samedi 302 personnes ont débarqué du côté de Raguse et l'accord avec la Libye du colonel Kadhafi pour organiser des patrouilles mixtes afin d'empêcher le départ des côtes africaines n'est toujours pas en vigueur. 
«Les contrôles débuteront dans moins d'un mois et ils nous permettront de réduire de manière notable le trafic de clandestins vers notre pays», a réaffirmé le ministre Maroni qui espère ainsi transférer du côté de la Libye la question des centres d'accueil des clandestins. Celui de Lampedusa explose. Il y a quelques semaines une révolte des immigrés a éclaté dans l'île. Quant aux centres de rétentions maltais, «ils sont dans des conditions inacceptables», s'est récemment insurgé dans un rapport Médecins sans frontières qui évoque «des risques de santé mentale et physique pour les étrangers». Face à la gravité de la situation, MSF a décidé le mois dernier de suspendre ses activités dans les centres maltais. 
© LIBÉRATION

Personne ne veut accueillir les rescapés

Publié par 24 heures (http://www.24heures.ch)

Le navire qui a sauvé 140 migrants est à l'arrêt près de Lampedusa


BRAS DE FER | Le Pinar, un navire turc battant pavillon panaméen, est à l'arrêt à la limite de la zone de compétence italienne pour les opérations de recherche et secours en mer.

AFP | 18.04.2009 | 22:44

Le navire marchand qui a sauvé 140 immigrés clandestins et fait l'objet d'un bras de fer entre l'Italie et Malte, qui refusent d'accueillir les migrants, était samedi soir arrêté à une vingtaine de milles (35 km) de l'île de Lampedusa (Italie), selon l'agence Ansa.

Le Pinar, un navire turc battant pavillon panaméen, est à l'arrêt à la limite de la zone de compétence italienne pour les opérations de recherche et secours en mer, a précisé Ansa.

Deux embarcations des gardes côtes italiens ont amené des vivres, de l'eau et des couvertures au navire, à bord duquel sont montés deux médecins qui ont examiné les immigrés, qui seraient 140 et non 154 comme indiqué précédemment. Ils ne seraient pas en mauvaise condition sanitaires, selon Ansa.

La marine italienne avait fait parvenir vendredi des vivres et de l'eau au Pinar et a évacué deux migrants vers Lampedusa pour raison de santé.

Les forces armées maltaises avaient annoncé, vendredi dans un communiqué, que parmi les immigrés figuraient une femme enceinte et vingt-cinq blessés "dont sept nécessitant une aide médicale d'urgence, en raison de fractures".

Les 140 migrants, répartis dans deux embarcations qui dérivaient jeudi, avaient été secourus par le bateau de commerce à environ 80 kilomètres au sud de Lampedusa (sud de la Sicile).

Le cadavre d'une femme enceinte a aussi été recueilli et il a été placé dans une chaloupe tirée par le navire par crainte d'épidémie.

Les autorités maltaises ont demandé à l'équipage du navire marchand de faire route vers le port le plus proche, celui de Lampedusa.

Mais Rome a estimé que les immigrés avaient été secourus dans la zone d'intervention et de compétence maltaise, et que c'était à La Valette de les accueillir.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), par la voix de sa porte-parole en Italie Laura Boldrini, a appelé samedi l'Italie, "qui a toujours été au premier rang pour sauver les vies humaines et autoriser le débarquement", à accueillir les migrants.

"La situation à bord empire", a-t-elle ajouté, précisant "avoir parlé avec le commandant". Selon elle, environ 40 personnes ont besoin d'assistance médicale et des problèmes sanitaires dus au manque de nourriture et d'eau se font sentir.

L'Italie a vu débarquer sur ses côtes 36.900 immigrés en 2008, un chiffre en hausse de 75% par rapport à 2007, selon le ministère italien de l'Intérieur. Malte a dans le même temps vu arriver un nombre record de 2.775 clandestins.

La voie est libre pour Mahmoud Ahmadinejad

La voie est libre pour Mahmoud Ahmadinejad

Paru le Lundi 20 Avril 2009 dans le Courrier 
   SIMON PETITE    

InternationalLa voie est libre pour Mahmoud Ahmadinejad Qui a peur du grand méchant président iranien? Depuis que Mahmoud Ahmadinejad est annoncé à la tribune de la Conférence mondiale contre le racisme, les désistements se multiplient. Les Etats-Unis d'Obama ne participeront pas au sommet. Les Européens se tâtent. Micheline Calmy-Rey enverrait bien un de ses sous-fifres. Bref, la voie est libre pour l'incendiaire de Téhéran. Mahmoud Ahmadinejad est un négationniste. Aucun doute là dessus. Le président iranien a suffisamment répété que l'Holocauste était un «mythe» et aussi qu'Israël devrait être «rayé de la carte». Avant de prendre l'avion pour Genève, il a déjà donné un avant-goût de son séjour au bout du lac. «Israël est le porte-drapeau du racisme», a-t-il déclaré à la télévision iranienne. 
Si Ahmadinejad était un citoyen comme les autres, ses propos négationnistes tomberaient sous le coup de l'article 261 bis du code pénal suisse. Imaginez la scène. Quelques minutes après avoir été accueilli sur le tarmac de Cointrin, des policiers lui passent les menottes sur ordre du procureur général. Depuis que le fils Kadhafi a été brièvement arrêté, Berne n'en finit pas de se mordre les doigts. L'héritier n'avait même pas d'immunité diplomatique, alors embastiller un chef d'Etat en exercice... 
Revenons sur terre. Ahmadinejad est parfaitement légitimé à s'exprimer aujourd'hui à l'ONU; le problème, c'est que nos dirigeants ne lui disputent pas cette formidable tribune. Les idées nauséabondes véhiculées par le président iranien se combattent sur le terrain politique. Barack Hussein Obama, premier président afro-américain d'un pays marqué par la ségrégation, aurait pourtant eu de quoi dire sur le racisme. 
Pour ce chantre du multilatéralisme, c'est une occasion manquée. Aux yeux du locataire de la Maison-Blanche, la conférence sur le racisme reste entachée par les dérapages de Durban, en 2001. Obama estime peut-être qu'il aura d'autres occasions de se fâcher avec les défenseurs inconditionnels d'Israël quand, on ose l'espérer, il se confrontera à la politique expansionniste de Tel-Aviv. 
En attendant, malgré le dénigrement du processus de Durban, plus rien ne s'opposait à la participation des pays occidentaux. Tous les éléments qui leur déplaisaient ont été gommés du projet de déclaration finale. Plus aucune référence à Israël, pourtant coupable de discriminations massives à l'égard des Palestiniens. A la poubelle, la notion rétrograde de diffamation des religions. 
Ahmadinejad est un épouvantail bien commode pour disqualifier une conférence qui a aussi l'ambition d'aborder la responsabilité historique de l'Europe dans la traite des esclaves, mais aussi le sort des migrants ou des requérants d'asile. «Cela n'a rien à voir avec le racisme», rétorquent volontiers les Occidentaux. Quand des sociétés vieillissantes manquant de bras se barricadent derrière des murs toujours plus hauts, cela n'a rien à voir avec le racisme, vraiment?

Un sommet antiraciste à Genève miné par les polémique

Les locaux genevois de l'ONU accueillent une conférence censée évaluer ce qui a été accomplis ou non depuis Durban en 2001.
Les locaux genevois de l'ONU accueillent une conférence censée évaluer ce qui a été accomplis ou non depuis Durban en 2001. (Caro / Oberhaeuser)

Précédée par un feu roulant de critiques, partiellement boycottée, la conférence des Nations Unies sur le racisme qui se tient cette semaine à Genève suscite passions et polémiques. Un événement à hauts risques, dont la Suisse est l'Etat hôte.

«Les discours de haine et les insultes à caractère raciste seront interdits à la conférence des Nations unies contre le racisme et l'intolérance.» Cette consigne paradoxale a été lancée la semaine dernière par Marie Heuzé.

«Il n'est pas question de permettre une réédition de ce qui s'est passé en 2001 à Durban», explique la directrice du service de l'information de l'ONU à Genève. A l'époque, le sommet de l'ONU sur le racisme (dont les retombées sont évaluées cette semaine à Genève) avait en effet été le théâtre de manifestations et de déclarations haineuses à l'encontre d'Israël, en particulier dans le cadre du Forum des ONG qui avait accompagné la conférence sud-africaine

Mais l'avertissement de l'ONU vaut aussi pour les participants de la conférence elle-même, à commencer par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad connu pour ses propos incendiaires et antisémites à l'encontre d'Israël, une fois encore répétés juste avant son départ dimanche pour Genève.

Un passé mal assumé

Comment expliquer un tel climat sur un sujet – le racisme – qui devrait unir plutôt que diviser, puisque que la xénophobie et les discriminations raciales continuent de sévir dans le monde entier.

Yves Lador – un consultant spécialisé dans les droits de l'homme - souligne en premier lieu les séquelles d'un passé mal assumé par les pays occidentaux. «Le problème de l'héritage colonial est toujours là, suscitant encore frustrations et colère dans les pays anciennement colonisés. Les anciennes puissances coloniales n'ont pas accordé la reconnaissance nécessaire à cette réalité.»

Ce fut le cas à Durban où les demandes de compensations notamment financières pour la traite des Noirs et la colonisation européenne furent rejetées. Un déni perpétué par les promesses non tenues et le peu de place accordée à l'Afrique sur la scène internationale, comme l'a encore montré le dernier sommet du G20 à Londres.

Un conflit emblématique

Selon Yves Lador, les critiques à l'encontre d'Israël – que se soit à Durban ou à Genève s'inscrivent dans ce contexte: «Le conflit israélo-palestinien est perçu dans les anciens pays colonisés comme la poursuite de la colonisation occidentale. D'où une identification avec les Palestiniens dont une partie du territoire est colonisé par Israël.»

A sa manière, Hillel Neuer ne dit pas autre chose. «Ces conférences de l'Onu sur le racisme (à Genève en 1978, 1983, 2009 et à Durban en 2001)n'ont pour but que d'attaquer les pays occidentaux, Israël et la liberté d'expression», juge le directeur de UN Watch, une ONG pro-israélienne très active dans la campagne contre la conférence de Genève.

«Tant que ces questions [l'esclavage et la colonisation, le conflit israélo-palestinien] n'auront pas été franchement abordées, elles ressortiront toujours dans les enceintes onusiennes et seront instrumentalisées par certains gouvernements en mal de légitimité», note pour sa part Yves Lador.

Une occasion manquée

D'où un paradoxe que relève Adrien-Claude Zoller, directeur de l'ONG Genève pour les droits de l'homme. «Cette conférence n'aura aucun impact sur les questions les plus polémiques. Elle n'a pas vocation à résoudre le conflit israélo-palestinien. Et la question de la diffamation des religions – l'autre grande polémique qui a marqué les préparatifs de la conférence genevoise – continuera d'être posée par les pays de l'Organisation de la conférence islamique qui poussent ce thème depuis la fin des années 90.»

Résultat: «Ces polémiques ont occulté le débat sur les droits de l'homme dont l'élément clé est justement la non-discrimination.»

«La conférence de Genève est censée être un examen du suivi de Durban. Mais cette question est à peine abordée. C'est donc une occasion manquée d'évaluer en profondeur ce qui a été accomplis ou non depuis Durban en 2001.»

Des retombées positives

Pour autant, la conférence de Genève peut encore engendrer une série de retombées positives. Adrien-Claude Zoller cite l'idée lancée par le Haut-commissariat aux droits de l'homme de créer un Observatoire du racisme.

«On peut également espérer un renforcement du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, un mécanisme très efficace, et d'autres procédures comme les rapporteurs spéciaux mandatés par le conseil des droits de l'homme.

Mais l'impact le plus profond d'une telle conférence ne peut se mesurer qu'au niveau national, selon Adrien-Claude Zoller. Autrement dit, il s'agit de savoir comment les gouvernements et les sociétés civiles intègrent les propositions de la déclaration que doivent adopter les Etats à l'issue de la conférence.

Des ONG divisées

Une mise en œuvre qui dépend beaucoup de l'engagement des ONG. Or, force est de constater qu'elles se présentent en ordre dispersé à Genève.

«Personne n'avait envie de rééditer l'épisode de Durban. C'est dans le Forum officiel des ONG qu'ont eu lieu les dérapages les plus importants», rappelle Yves Lador.

Adrien-Claude Zoller pointe une autre raison à l'éparpillement des ONG et leur faible impact sur la conférence elle-même. «Le comité préparatoire de la conférence est un organe du Conseil des droits de l'homme, une instance qui donne encore moins d'espace aux ONG que l'ancienne Commission des droits de l'homme.»

La conclusion à Doudou Diène, ancien rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme : «L'un des principaux obstacles à la mobilisation contre le racisme est la fracture entre les victimes de racisme. Chaque communauté tend le plus souvent à s'enfermer dans sa mémoire historique de souffrance, alors qu'il serait nécessaire de reconnaitre et de partager les émotions et la mémoire de chacune de ces communautés. »

Le plus grand camp de réfugiés du monde

Pendant que le monde se focalise sur les attaques de pirates, les Somaliens affrontent dans l’indifférence générale une gravissime crise humanitaire. Gustavo Kuhn dans 24 Heures.

A Dadaab au Kenya, des dizaines de milliers de Somaliens, qui ont fui la violence à Mogadiscio et ailleurs dans le pays, sont entassés dans des conditions déplorables. (AFP) Spectaculaires attaques, demandes de rançon… Les pirates du golfe d’Aden se sont invités à la une des médias internationaux. Du coup, les feux de l’actualité se sont à nouveau braqués sur la Somalie. Ou sur ses côtes plus exactement. Car ces bandes de brigands disposant d’armements et d’équipements sophistiqués cachent la terrible réalité dans laquelle est plongé ce pays. Une nation ravagée, et oubliée de tous, qui vit une des pires situations humanitaire et sécuritaire du monde. Guerre civile, famine, sécheresse et épidémies sont le pain quotidien des Somaliens depuis près de vingt ans.

Résultat: la violence et la faim jettent des dizaines de milliers de Somaliens sur les routes. Le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) vient de tirer le signal d’alarme concernant «l’afflux continu de Somaliens dans les camps surpeuplés de Dadaab», au Kenya. Situé à une centaine de kilomètres de la frontière entre les deux pays, ce complexe est considéré comme le plus grand camp de réfugiés du monde. Or la grande majorité de ses plus de 261 000 habitants sont des Somaliens.

Le pire est encore à venir

Certains sont là depuis le déclenchement de la guerre civile en 1991, mais «plus de 24 000 réfugiés somaliens ont fui vers le Kenya depuis janvier dernier», affirme le HCR. «La plupart des nouveaux arrivants évoquent une insécurité accrue, en plus de la sécheresse et des pénuries de nourriture, comme étant les principales raisons de leur fuite», explique l’organisme de l’ONU, qui peine à gérer ces nouvelles arrivées, car la capacité du camp est de 90 000 personnes. Le HCR ne dispose plus d’aucune terre où leur affecter un carré de terrain pour y vivre. Cela a entraîné une surpopulation, avec plus de 30 personnes vivant sur un carré de terrain de 12 mètres sur 13. Et nous craignons que la situation ne se détériore encore à l’arrivée de la saison des pluies, prévue en avril.»

Malnutrition et choléra

«La situation est dramatique», confirme Monica Rull à Médecins sans frontières (MSF), organisation présente dans un des camps de Dadaab. Les réfugiés ne manquent pas seulement de place, mais aussi d’eau. Et les conditions sanitaires sont très difficiles.» Pourtant, de nombreux Somaliens continuent de traverser clandestinement la frontière pour être hébergés dans ces camps. Car, malgré l’élection fin janvier d’un nouveau «président», la situation de la Somalie ne s’est pas améliorée.

Surtout pas au long des 30 kilomètres qui séparent Mogadiscio d’Afgooye. Un gigantesque camp de fortune y a en effet été improvisé, depuis 2006, par les habitants de la capitale qui fuyaient les combats opposant les milices des tribunaux islamiques aux forces du Gouvernement fédéral de transition appuyées par l’armée éthiopienne.

«Plus de 300 000 personnes y vivent, affirme Monica Rull. C’est le plus grand camp de déplacés du monde. Et les conditions de vie y sont terribles. Chaque mois, nos équipes traitent plus de 3000 enfants souffrant de malnutrition sévère. Les cas de diarrhée aiguë sont en augmentation. Et nous sommes désormais en alerte face au choléra.»

GUSTAVO KUHN

Faire de la solidarité un devoir

Membre de Salam, Agostina F. a été arrêtée début février pour avoir transporté à l'hôpital deux sans-papiers dans sa voiture. Pour la police, c'est une aide à personne en situation irrégulière, passible de cinq ans de prison et de 30 000 euros d'amende. « Si je ne les avais pas emmenés à l'hôpital, c'était alors de la non-assistance à personne en danger. Ca, c'est un délit ». Soupçonnée d'être une passeuse qui aide les migrants à rejoindre l'Angleterre, elle est restée trois heures en garde à vue avant d'être libérée.

Lire la suite dans Nord-Eclair