samedi, février 28, 2009

Connecté, le migrant n’est plus un «déraciné»


(Dana Diminescu)

Munie d’un téléphone portable et d’un ordinateur branché sur le Web, une personne qui a émigré n’a pas vraiment quitté son pays et sa famille. La sociologue Dana Diminescu montre cette nouvelle réalité de la migration

On se représente en général un immigré comme quelqu’un qui est parti de chez lui pour trouver du travail et qui est arrivé dans un pays où par chance il a pu se brancher sur le monde de l’emploi. Il a rompu ses liens familiaux et sociaux d’origine mais, étranger là où il est arrivé, il n’est pas intégré. On le voit absent de son pays d’origine, qu’il a quitté, et absent de son pays d’accueil, où il n’a pas de place évidente, sinon chez son employeur pendant la période du contrat s’il y en a un. Cette double absence, d’ici et de là-bas, a forgé toute une imagerie de la migration, qui tourne autour du malheur, de la rupture d’avec là-bas, et du besoin d’intégration ici. Le migrant est un «déraciné» qu’il faut stabiliser par des mesures adéquates. Sédentariser le nomade.

Cette vision de la migration, construite au temps des voyages longs, du téléphone cher, du courrier postal lent et des attaches nationales contrôlées, ne correspond cependant plus entièrement à la réalité vécue par les migrants. Plusieurs études montrent que ceux-ci sont de plus en plus insérés dans une nouvelle culture de la mobilité. «Il n’y a jamais eu par le passé autant de gens capables d’envisager comme allant de soi le fait qu’eux-mêmes et leurs enfants seront conduits à vivre et travailler ailleurs que sur leur lieu de naissance», dit la sociologue Dana Diminescu. Le nomadisme se répand, qu’il s’agisse de migrations à but économique, du voyage comme mode de vie, du tourisme qui finit par l’adoption d’un nouveau lieu de résidence… Tous ces nomades seraient-ils des déracinés?

Tout au contraire, affirme Dana Diminescu. Dans cette «modernité liquide» décrite par Zygmund Baumann, qui est caractérisée par une circulation généralisée des hommes, des biens, des informations, «les migrants d’aujourd’hui sont les acteurs d’une culture de lien qu’ils ont fondée eux-mêmes et qu’ils entretiennent dans la mobilité.» Grâce aux technologies de l’information, «il est de plus en plus fréquent que les migrants parviennent à maintenir à distance des relations qui s’apparentent à des liens de proximité». Ils sont présents auprès de leur famille restée là-bas, présents auprès d’autres migrants de même origine disséminés dans le monde, y compris dans le pays où ils résident, présents aussi auprès de la société dans laquelle ils vivent grâce aux réseaux d’amitié ou d’intérêt qu’ils créent. «Grâce à ce nouvel environnement technologique, il est plus facile aujourd’hui de vivre à la fois chez soi et dans le pays d’accueil ou ailleurs, et cela d’une manière quotidienne», dit Diminescu.

Initiative anti-minarets: débat explosif en vue


(Daniel Winteregg)

Le texte lancé par la droite ultranationaliste qui s’attaque à l’«islamisation rampante de la Suisse» passe au Conseil national mercredi. Le Conseil fédéral fait tout pour limiter les dégâts à l’étranger

Lire l'article de Stéphanie Von Grafenried dans le Temps

Son contenu est potentiellement explosif. L’initiative qui veut inscrire l’interdiction de la construction de minarets dans la Constitution fédérale, lancée par une poignée de représentants de la droite ultranationaliste, sera traitée au Conseil national mercredi. Elle n’a aucune chance d’être adoptée car seul le groupe parlementaire UDC la soutient. Mais le seul fait de débattre du texte qui va bien au-delà d’un simple problème de droit de construction crispe le Conseil fédéral. Et a déjà provoqué des réactions de rejet, de colère et d’incompréhension à l’étranger. Pour beaucoup, c’est l’initiative de tous les dangers.

L’UDC le dit clairement: l’initiative vise en fait à «stopper l’islamisation rampante de la Suisse et le minage constant de notre Etat de droit». Pour le parti, les minarets n’ont pas de caractère religieux «mais sont des symboles de puissance et l’expression d’une culture intolérante, qui place le droit islamique au-dessus du droit national». L’UDC n’y va pas par quatre chemins dans son dernier communiqué: «Il est grand temps de fixer des limites, faute de quoi les minarets seront suivis par des muezzins et finalement par l’imposition de la charia en Suisse».

«Répercussions fâcheuses»

Voilà qui annonce de vifs débats lors de la campagne de votation. Le peuple pourrait être appelé à se prononcer sur le texte à la fin de l’année, voire en septembre déjà. Sentant le danger et voulant à tout prix éviter une nouvelle «affaire des caricatures de Mahomet» qui avait enflammé le Danemark, le Conseil fédéral a déjà agi très rapidement. Fait rarissime, il a pris position contre le texte le jour même de son dépôt, le 8 juillet dernier. Pour bien expliquer notre système de démocratie directe, rappeler que le gouvernement suisse n’est pas à l’origine de l’initiative et donc calmer le jeu vis-à-vis des pays musulmans.

Pour le Conseil fédéral, l’initiative viole les droits de l’homme, menace la paix religieuse et ne contribuerait nullement à endiguer la diffusion des thèses fondamentalistes islamistes. Eveline Widmer-Schlumpf l’a dit en présentant le message du Conseil fédéral au parlement, rédigé en un temps record. Elle pourrait nuire à l’intégration de la communauté musulmane, «qui dans sa grande majorité respecte l’ordre social et juridique suisse», a rappelé la ministre. Eveline Widmer-Schlumpf a surtout répété qu’une interdiction des minarets «pourrait avoir des répercussions fâcheuses sur la sécurité des établissements suisses et sur nos intérêts économiques».

Effets contre-productifs

C’est ce que craint par-dessus tout le Conseil fédéral. Les dégâts d’image peuvent s’avérer grands. Très sensible, le débat sur la place de l’islam en Suisse risque de s’enflammer malgré les efforts répétés du gouvernement. Selon ses méthodes habituelles, l’UDC ne manquera pas d’exacerber les peurs existantes. Et contribuera à faire l’amalgame entre musulmans et islamistes terroristes. Les partisans pourraient bien inviter Al-Qaida dans la campagne – Ben Laden est déjà apparu en plein débat sur les naturalisations facilitées –, en rappelant que des otages suisses sont détenus en Afrique de l’Ouest par une branche du mouvement terroriste. Ou en faisant allusion au supposé «réseau suisse» autour de la très controversée Malika El-Aroud, veuve de l’assassin du commandant Massoud récemment arrêtée à Bruxelles dans le cadre d’une vaste enquête sur la violence islamiste.

Sur les «réseaux cachés» justement, le message du Conseil fédéral est très clair. «Les centres religieux cachés dans des caves ou des garages et fréquentés par des personnes appartenant à des mouvements fondamentalistes et islamistes sont plus dangereux que les mosquées dotées de minaret. L’initiative risque même d’avoir des effets contre-productifs, car elle pourrait aliéner certaines franges de la population modérée qui y verront une mesure inutilement vexatoire à leur encontre et seront tentées de basculer dans la frange extrémiste», avertit le gouvernement.

Jusqu’à présent, les musulmans modérés de Suisse, majoritaires, ont été très peu présents sur ce dossier, par crainte de lui accorder trop d’importance. Et c’est là que le bât blesse. Car c’est bien eux qui sont le plus en mesure de replacer le débat dans son contexte et de rassurer leurs pairs à l’étranger.

jeudi, février 26, 2009

Jacques Chessex a fait salle comble

mercredi, février 25, 2009

A Vallorbe, Mama Africa est orpheline de sa présidente

Présidente de l’Association auprès des requérants d’asile de Vallorbe, œcuménique humanitaire (ARAVOH) et de L’Association vaudoise pour les Droits de la femme (ADF), Christiane Mathys-Reymond est décédée lundi matin.

Christiane Mathys-Reymond est décédée alors qu’elle avait en tête bien des projets, notamment celui d'écrire un second livre. Photo Olivier Allenspach

 

Christiane Mathys était une femme étonnante. A plus de 70 ans, elle avait conservé son âme de jeune militante. Une qualification qui lui tenait plus à cœur que son doctorat ès sciences religieuses. En effet, sur le faire-part de la famille rédigé par ses soins, elle a tenu que figure sous son nom «enseignante retraitée, militante».

«Le verset biblique qu’elle a choisi: Il n’y a plus ici ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus ni homme, ni femme, car vous êtes un en Jésus-Christ, résume bien l’état d’esprit qui a animé ma femme durant toute sa vie», témoigne Jean-Louis Mathys.

Fille de pasteur, parfois pugnace, «Christiane Mathys était une battante qui a défendu des causes nobles. Pas toujours très populaire, elle avait un caractère bien trempé, tout en étant très féminine», explique Pierre-Olivier Heller, aumônier au Centre de requérants. A l’écoute des autres, elle respectait ceux qui ne partageaient pas ses idées.

Musicienne, elle avait également un certain talent pour l’écriture. Son livre Tu n’iras pas à la maison des vieux, publié l’année dernière, en témoigne.

Avec le décès de Christiane Mathys, Vallorbe perd un personnage et l’ARAVOH, appelée familièrement Mama Africa, est orpheline.

"Christianisme et antisémitisme": écho de la soirée à l'Estrée

L’antisémitisme est-il de retour en Pays de Vaud? «Il faut rester très vigilant! Le mal, insidieux, rôde», répond l’auteur d’Un Juif pour l’exemple. Lundi, à Ropraz, il faisait face à ses lecteurs. Un article de Christian Aebi dans 24 Heures.

Jacques Chessex, ici aux côtés d'Alain Gilliéron, directeur artistique de l'Estrée. Photo Christian Aebi Lundi soir, à Ropraz, l’écrivain Jacques Chessex lisait en public quelques pages de son livre Un Juif pour l’exemple. Le crime de Payerne, en 1942, servait de point de départ à une réflexion publique sur le «Christianisme et l’antisémitisme». Un rendez-vous organisé par les Eglises. Le centre culturel de L’Estrée n’arrivait pas à contenir les 250 personnes présentes, la plupart contemporaines de l’auteur.

Silence de plomb quand Jacques Chessex, le ton grave, raconte la Payerne de la guerre. Le fanatisme nazi, le pauvre sort d’Arthur Bloch. Un vieil homme au fond de la salle lève ses lunettes, essuie ses larmes. «Pourquoi rebouiller tout cela», murmure-t-il. Puis, n’y tenant plus, se dresse sur sa canne et lance: «Chessex, qu’est-ce que les Payernois t’ont fait?»

«Ce crime n’est pas le fait des Payernois, lui répond Antoine Reymond, membre permanent du Conseil synodal. Il s’agissait de quelques hommes emmenés par un pasteur fanatique qui faisait partie de mon Eglise. Les Payernois doivent admettre ce qui s’est passé chez eux. En mettant une plaque commémorative où le drame s’est déroulé, ils rappelleraient à tous que cela ne doit jamais se reproduire.»

«C’est au Conseil d’Etat et au Grand Conseil vaudois de faire un acte de mémoire sur cette affaire, lance un membre de l’Amitié judéo-chrétienne. Ça aurait pu se passer n’importe où dans le canton.» Applaudissements dans la salle.

L’antisémitisme aura donc été au cœur de la soirée. Tour à tour l’école, l’éducation, le politique ou la culture ont été appelés à la rescousse. «Merci, Monsieur Chessex d’avoir écrit ce livre!» lance une femme. «Depuis tout gosse, je me rappelle du regard, de la méfiance que l’on posait sur les Juifs, explique Mark Elikan. A mon père, bien connu à Yverdon, dragon à l’armée, mobilisé, on avait demandé s’il était plutôt Suisse ou plutôt Juif.»

«J’aurais pu en être»

Pour Marcel Cohen-Dumani, chargé de relation de la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud (CILV), le conflit dans la bande de Gaza ravive de vieux démons: «Les gens ne font pas la différence entre un pays, Israël, majoritairement peuplé de Juifs, et les juifs. Nous sentons une pression. Nous recevons des envois anonymes, nous essuyons des remarques. Quelque chose se passe.» Un autre témoignage, poignant, est venu d’un ancien Payernois. «Grâce à Dieu, j’étais trop jeune de trois ans. Mais il s’en est fallu de peu pour que je sois avec cette bande. Vallotton (ndlr: l’un des coupables) avait un pouvoir de persuasion inouï. Il conditionnait les copains, le jeudi. Je ne pouvais pas y aller, j’étais garçon livreur. Mon patron, pharmacien, était un Allemand «prononcé», il était proche d’un coiffeur, un vrai nazi! La période était dure. On triait les lavures pour vivre. C’étaient les riches qui mangeaient du jambon. Les discours des nazillons avaient un terreau propice. C’était la crise. Comme maintenant…»

Salle comble lundi soir pour débattre du dernier Chessex

Etude sur l'extême droite, gaspillage de fonds publics ?

Le Fonds national de la recherche a présenté le fruit d’une étude initiée en 2003. L’orientation et la banalité du propos sont pointés du doigt. Un article de Patrick Chuard dans 24 Heures.

A première vue, le bilan est maigre. L’étude sur l’extrémisme de droite, entamée en 2003 et présentée hier (lire ci-dessous), n’apporte aucune révélation. Valait-il la peine que le Fonds national de la recherche scientifique (FNS) engloutisse 4 millions de francs pour financer cinq ans de recherches? Certains politiques tirent à vue: «Une absurdité, du grand n’importe quoi!» selon Hans Fehr (UDC/ZH).

L’étude présentée hier souligne que «les attitudes et comportement extrémistes» sont «avant tout le fait de jeunes adultes» dont «la violence ne représente pas une menace aiguë pour l’Etat».  Grütli, 1er Août 2002, Keystone Il faut dire que cette étude – initiée notamment après que des skinheads ont chahuté Kaspar Villiger, au Grütli, en 2000 – s’est attachée à examiner les liens entre l’extrémisme et le populisme en politique. En désignant clairement l’UDC. «Plus le populisme de droite gagne en importance, plus l’extrémisme de droite arrive à capter l’attention», observent en substance les chercheurs. Hans Fehr y discerne un «plan pour pouvoir attaquer une nouvelle fois l’UDC et la taxer d’antidémocratique et de raciste». Son collègue de parti, Yvan Perrin, renchérit: «Le côté scientifique n’arrive pas à masquer une certaine idéologie, voire une aversion pour l’UDC, dit-il. Cela ne me gêne pas. Ce qui me gêne c’est qu’on paie cela avec les deniers publics!»

Critiques balayées par Marcel Niggli, professeur de droit à Fribourg et directeur de la recherche: «Il n’y a rien de politisé, c’était une décision scientifique d’ouvrir le champ de recherches à l’environnement politique, comme on l’a fait pour le sport, par exemple, en abordant le problème du hooliganisme.» Il ajoute que «4 millions, ce n’est pas une somme exagérée: une cinquantaine de chercheurs en sciences humaines (sociologues, historiens…) a travaillé sur treize projets au total.» Et sur le fait que l’étude n’apporte rien de neuf? «Peut-être, mais c’est la première fois qu’on abordait le phénomène avec une méthodologie et des résultats empiriques.»

«Regard partiel»

L’étude enfonce toutefois des portes ouvertes. Notamment lorsqu’elle conclut qu’il existe une «divergence entre la société et le besoin marqué d’identité nationale et de défense vis-à-vis de l’étranger qu’éprouvent de nombreux citoyens». Charles Kleiber, ancien secrétaire d’Etat à l’éducation et à la recherche, admet «qu’on peut se demander s’il fallait investir 4 millions pour une critique de l’UDC. Mais, en l’occurrence, je ne crois pas que ce soit le cas. Et de telles études font tourner la recherche, ce sont des postes scientifiques qui sont en jeu.»

Une manière de dire que l’essentiel est de financer des recherches, quels que soient les résultats? Pierre Weiss, président du Parti libéral et lui-même sociologue, ne se prononce pas sur cette question. Mais il regrette «le regard partiel, voire partial, de l’étude». Une telle recherche s’avère «nécessaire, dit-il, à condition de prendre en compte tous les aspects de l’extrémisme, y compris religieux, de gauche ou les attitudes qui consistent à soutenir des mouvements comme le Hamas». Marcel Niggli abonde, mais rétorque que le mandat du Conseil fédéral se limitait strictement à l’extrême-droite.

 

Peu d’activistes, beaucoup de racistes

Il n’y aurait que 1200 activistes d’extrême-droite en Suisse, un chiffre stable depuis plusieurs années. L’extrémisme pourrait potentiellement concerner 4% de la population. Voici deux des résultats de l’étude financée par le Fonds national. Celle-ci souligne que «les attitudes et comportement extrémistes» sont «avant tout le fait de jeunes adultes» dont «la violence ne représente pas une menace aiguë pour l’Etat». L’étude met en perspective des liens entre l’extrémisme et le populisme en politique, les médias, le sport et les conditions socioculturelles. Elle éclaire surtout une attitude xénophobe dans une grande partie de la population.

L’un des travaux, appelé «Mesurer la misanthropie et l’extrémisme de droite en Suisse», sondant 3000 personnes, montre que 20% de la population présente des attitudes antisémites, 30% islamophobes; 50% des sondés auraient peur de l’étranger et 40% auraient des attitudes sexistes. «Cette méthode de sondage reprend des outils déjà appliqués en Europe et les chiffres correspondent aux résultats de l’Allemagne», signale Marcel Niggli, président du conseil de direction de la recherche.

P. C.

lundi, février 23, 2009

A Nyon, les hommes de l'abri survivent dans le doute

Ce groupe de Somaliens, après avoir perdu de nombreux compagnons de voyage en Lybie ou dans la Méditerranée, voient leur avenir avec grande inquiétude. Comment se passe la vie à l’abri des Oies, alors que huitante-sept requérants y cohabitent depuis pile une semaine? Reportage. Un article de Gilles Biéler dans 24 Heures, des photos de Alain Rouèche.

L’ambiance a changé. D’une trentaine lundi dernier, le nombre de requérants d’asile logés à l’abri PC des Oies, à Nyon, est passé à huitante-sept, vendredi. «Tout se passe très bien, dans un admirable respect mutuel», assure-t-on dans l’encadrement.

Dans leur chambre, les Erythréens racontent leur parcours. Expliquent que s’ils rentrent chez eux, ils iront en prison. Au mieux ... Du respect, oui. Mais les visages sont creusés, les regards souvent vides et les sourires rares. Ici, l’un se colle au radiateur, alors que dehors, un autre fait les cent pas autour d’une cabine téléphonique, tentant de joindre les siens, restés au pays. Ils viennent de loin, de Somalie, d’Irak, de Côte d’Ivoire, du Togo. Certains, dans leur périple, ont perdu les leurs, dans les prisons libyennes ou en traversant la Méditerranée. Tous arrivent en Suisse avec deux rêves simples et pourtant si évidents pour un Helvète rompu aux joies de la démocratie: la liberté et la sécurité. Beaucoup alors ne comprennent pas leur «confinement dans une cave sans fenêtre».

«On a vécu tellement pire»

C’est pas génial comme endroit, estime ainsi ce groupe d’Erythréens. Mais par rapport à tout ce qu’on a vécu ces derniers mois, c’est déjà beaucoup. On n’a pas trop froid, on mange, on rencontre d’autres gens…» La plupart d’entre eux ont transité par l’Italie, et ont pensé y trouver une nouvelle liberté. «Tout ce qu’on a reçu, c’est un document nous demandant de quitter le territoire dans les cinq jours. Et pas un euro pour se nourrir, ni même un lit pour dormir…» Alors ils ont poursuivi leur périple jusqu’en Suisse, sans savoir que  les accords de Dublin les renverraient sans doute en pays transalpin. Eux n’osent même pas l’envisager. «Sans logement ni travail… Sans rien, comment voulez-vous vivre en sécurité? On n’a pas quitté notre pays pour vos beaux yeux, mais parce qu’on avait peur pour notre vie!» Sans compter une certitude bien ancrée: «Revenir en Italie, c’est être quasi sûr d’être renvoyé en Erythrée.» Avec, assurent-ils, la case prison pour seule assurance. «Beaucoup de nos amis n’en sont jamais sortis», ajoute l’un d’eux, le regard grave.

Cette peur, palpable, de rentrer n’est évidemment pas l’apanage des seuls Erythréens. Tous, dans l’abri, ont craint pour leur vie. «Tant qu’on sera là, sans savoir où l’on sera demain, ce sera le cas», note un Ivoirien arrivé lundi. Et pourtant, s’il devait être refoulé, alors même qu’il est libre de quitter la structure des Oies à tout moment, il ne tentera pas la clandestinité. «Je suis venu ici pour être libre. Vivre avec sans cesse au cœur la peur d’être arrêté par la police ne présente aucun intérêt pour moi…»

A l’heure de quitter l’abri, certains requérants s’inquiètent, se demandent si leur témoignage ne leur vaudra pas «des ennuis avec le gouvernement». Plus loin, quelques rires résonnent. Enfin…

Obama redonne sa chance à la conférence de Genève

Washington n’exclut plus de participer à la Conférence sur le racisme organisée à Genève du 20 au 24 avril. Un article d'Alain Jourdan dans la Tribune de Genève.

AP| Le président des Etats-Unis, Barack Obama. Après avoir annoncé qu’elle réintégrait le processus de Durban, La Maison-Blanche a dû rassurer les leaders de la communauté juive américaine. La nouvelle administration américaine semble bel et bien décidée à reconsidérer ses positions quant à sa participation à la prochaine Conférence sur le racisme organisée à Genève en avril prochain. Mieux, elle n’exclut même plus de rentrer au Conseil des droits de l’homme. Une petite révolution de ­Palais…  L’actuel ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU, Warren W. Tichenor, s’étant montré toujours très critique envers cet organe des Nations Unies. Dans les couloirs du ­Palais des Nations, on s’impatiente de connaître le nom de son successeur.
Signe en tout cas que les choses bougent, Washington a dépêché une délégation à ­Genève pour réintégrer le processus de Durban. Le département d’Etat a précisé que ce retour n’avait rien de définitif. Pour l’instant les positions des Européens et des pays arabes et africains sont inconciliables. L’Organisation de la conférence islamique défend mordicus le concept de diffamation des religions dont les occidentaux ne veulent pas entendre parler. Plusieurs pays exigent aussi l’ajout d’un chapitre très ­contesté sur la reconnaissance de l’esclavage et des réparations que cela appelle. L’administration Obama peut-elle encore déminer le terrain et donner une nouvelle impulsion? Le secrétaire général de l’ONU le croit. Après s’être félicité du retour des Etats-Unis, Ban Ki-moon a dit qu’il fallait maintenant régler «les questions en suspens (…) afin d’assurer le succès» de la conférence sur le racisme. Trouver un texte de compromis s’annonce difficile mais plus impossible. L’ambassadeur de France auprès des Nations Unies à ­Genève, Jean-Baptiste Mattei, observe que les nouvelles positions américaines «contribuent à améliorer le climat».

Un enjeu pour la Suisse
Tout le monde est d’accord pour dire que les Etats-Unis viennent d’envoyer un signal fort. Les pays arabes et africains qui appelaient eux-mêmes de leurs vœux ce retour des Etats-Unis ne peuvent plus prendre la responsabilité de bloquer le processus en cour. Dans ce contexte, la diplomatie suisse va s’efforcer de jouer de tout son poids et de toute son influence pour sauver la conférence d’avril prochain. Comme pays hôte elle sait le partie qu’elle peut tirer d’un succès diplomatique planétaire mais ne mésestime pas non plus les effets d’un éventuel fiasco pour son image. D’autant que, comme en 2001, la question israélo-palestinienne pourrait bien envahir les débats. Il y a huit ans, plusieurs pays et organisations non gouvernementales avaient utilisé la conférence comme une tribune, donnant lieu à des dérapages antisémites.
Après avoir annoncé qu’elle réintégrait le processus de Durban, La Maison-Blanche a d’ailleurs dû rassurer les leaders de la communauté juive américaine. Israël qui craint de voir la conférence déraper comme en 2001 appelle à son boycott. «Israël attend du monde libre qu’il ne participe pas à Durban II», vient de déclarer Tzipi Livni. Pour l’instant l’administration Obama répond qu’en participant les Etats-Unis pourront maîtriser son déroulement. «Les nouvelles positions américaines contribuent à améliorer le climat»

Des locataires chassés pour faire place aux requérants

Pour faire face à l’accroissement des requérants qui lui sont attribués par Berne, l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants a besoin de plus d’appartements. Il récupère donc ceux qu’il possède et qui sont occupés par des personnes en situation régulière. Un article de Raphaël Ebinger dans 24 Heures.

Nathalie Trolliet a reçu le 24 décembre la résiliation du bail de son appartement, propriété de l'EVAM. Pully, le 20 février 2009 (Vanessa Cardoso) Entre deux cartes de vœux, une lettre de résiliation de son bail au 31 mars. Le 24 décembre dernier, Nathalie Trolliet est choquée. Locataire depuis 1993 du numéro 4 de l’avenue de la Rapille, à Prilly, elle apprend alors qu’elle a trois mois pour se reloger. Avec ses trois voisins qui ont reçu le même courrier, elle est d’autant plus estomaquée en apprenant dans la missive que des requérants d’asile reprendront les appartements en question. Dans le climat tendu sur le marché locatif, la pilule est amère. «Une mauvaise nouvelle comme celle-là, annoncée la veille de Noël… Sur le moment, j’étais effondrée. Je me voyais déjà à la rue…» se souvient cette infirmière, qui a entre-temps trouvé un nouveau logement à Lausanne.

Propriétaire de l’immeuble, l’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants) admet sa maladresse. «La collision de dates n’est pas très heureuse, avoue son directeur, Pierre Imhof. Mais la lettre de résiliation devait bien arriver un jour.» Et d’assurer que son service gérance sera sensible à la situation personnelle des locataires qui porteraient l’affaire en séance de conciliation.

Si quatre résiliations de bail ont été signifiées à l’avenue de la Rapille, à Prilly, l’EVAM a entamé une telle procédure auprès de trente de ses locataires sur l’ensemble du canton. Car son besoin en appartements est grand avec la vague de requérants arrivant actuellement en Suisse. Depuis octobre de l’an passé, 150 personnes supplémentaires ont ainsi trouvé une place dans un logement individuel.

L’effort est important pour l’EVAM, qui possède pourtant un parc immobilier qui compte 22 immeubles proposant un peu plus de 200 appartements. Pour loger le solde de requérants ayant droit à un logement hors des centres, un millier d’appartements sont loués à des tiers.

Dans le juste légalement

Il n’empêche, si la manière de procéder pour récupérer ses logements à de quoi étonner, l’EVAM est parfaitement en règle avec la loi. «Légalement, nous sommes dans le juste pour répondre à la mission qui nous est confiée par la Loi sur l’aide aux requérants d’asile et à certaines catégories d’étrangers (LARA)», souligne Pierre Imhof. Cette mission consiste justement à loger des migrants en attente de permis et personne d’autre. «Depuis l’entrée en vigueur de la LARA, il n’existe pas de cadre légal nous permettant de louer des appartements à une autre population que celle qui nous est attribuée, estime encore le directeur. On n’aurait donc pu nous reprocher ce fait.»

Mais pourquoi son service de gérance loue-t-il encore des objets à des personnes suisses ou possédant des permis de séjour? Cette bizarrerie s’explique historiquement. En effet, une partie de ces personnes habitaient dans un appartement qu’ils ont conservé quand la Fareas, ancêtre de l’EVAM, a acheté leur bâtiment. Une autre partie est constituée d’anciens bénéficiaires des prestations de l’EVAM qui ont gardé jusqu’à aujourd’hui le logement qui leur avait été attribué.

La vague de nouveaux requérants a donc sonné le glas de ces privilèges. Sur un plan strictement économique, il est ainsi parfaitement logique pour l’EVAM de récupérer ses appartements plutôt que d’en louer à des tiers. «Nous ne savons pas non plus si la tendance actuelle sur le front de l’immigration va continuer, assure Pierre Imhof. Nous devons donc être attentifs à ne pas conclure trop de baux avec des régies. Car, au final, une partie des objets loués pourraient se retrouver rapidement inoccupés…»

Les UDC unis contre les minarets

Le groupe des parlementaires UDC défend l’initiative. Afin de lutter «contre l’islamisation rampante».

Le groupe UDC des Chambres fédérales soutient à l’unanimité l’initiative contre les minarets. Il entend ainsi «stopper l’islamisation rampante de la Suisse et le minage constant de notre Etat de droit». «Les minarets n’ont pas de caractère religieux, mais sont des symboles de puissance et l’expression d’une culture intolérante.»

L’initiative populaire fédérale «Contre la construction de minarets», déposée en juillet 2008, vise à inscrire cette interdiction dans la Constitution fédérale. Les minarets ne sont mentionnés ni dans le Coran ni dans d’autres écritures saintes de l’islam, selon l’UDC. Ils sont le symbole d’un pouvoir politico-religieux, des signes de victoires, de conquêtes. «Ils sont surtout l’expression d’une culture intolérante qui place le droit islamique, un droit donné par Dieu, au-dessus du droit national.»

L’UDC rejette catégoriquement l’instauration de règles spéciales pour les musulmans, comme des cimetières musulmans, des exceptions à l’enseignement scolaire, voire un système légal musulman. «Aux yeux de nombreux citoyens suisses, et pas seulement pour les parlementaires UDC, il est grand temps de fixer des limites. Faute de quoi les minarets seront suivis par des muezzins et finalement par l’imposition de la charia en Suisse.» L’initiative populaire déposée par le comité UDC d’Egerkingen est «un premier pas dans la bonne direction».

Le Conseil fédéral avait, de manière inhabituelle, marqué fermement son opposition à cette initiative le jour même de son dépôt. Il estime qu’elle est dirigée contre une minorité religieuse et pourrait menacer la paix religieuse en Suisse.

AP dans 24 Heures

Arrestation d'un compagnon d'Emmaüs sans-papier à Marseille

Devant l'entrée de la communauté Emmaüs de la Pointe-Rouge, Marseille (Rémi Leroux/Rue89) L'arrestation d'un compagnon d'Emmaüs sans-papiers, son placement en centre de rétention ainsi que la garde à vue du responsable de la communauté de la Pointe-Rouge, à Marseille, ont été considérés par le monde associatif comme un "test" de la part du nouveau ministre de l'Immigration et de l'identité nationale.

Comme souvent, c'est à la suite d'un banal contrôle d'identité qu'Hamid Belkir, compagnon Emmaüs, sans-papiers, a été interpelé en début de semaine à Marseille. Aux policiers qui l'interrogeaient, il a expliqué habiter à la communauté Emmaüs de la Pointe-Rouge, située dans le 8e arrondissement.

Sur place, ils procèdent alors à une fouille de la chambre de Hamid Belkir avant de demander à l'intervenant social présent ce jour-là de leur fournir son dossier.